Le premier TALK SHOW DÉDIÉ À LA PHOTO ET À LA VIDÉO

Au coin du feu, conversations avec Kalel Koven

La photographie documentaire est un genre à part. Elle intime une force narrative qui se nourrit de plusieurs genres mais aussi de leviers plus subtils. Son école est exigeante et il y a finalement peu d’élus. Kalel Koven est l’un d’entre eux, un auteur remarquable. Et il est au coin du feu pour une veillée mémorable…

Animateur :
Arthur Azoulay

Co-Animateur :
Benjamin Favier
Journaliste

Invités :
Kalel Koven
Photographe
Directeur artistique
Curateur

Karen Assayag
Photographe

Jérôme Lorieau
Photographe

Thomas Morel Fort
Photographe

Delphine Blast
Photographe

Nadine Jestin
Photographe

Baptiste Soto
Directeur commercial
Phox

Merci à nos complices de la séquence du Répondeur
Léa Assayag, Axelle de Russé, Thomas Morel-Fort, Delphine Blast, Valentine Zeler

Thème : 
Au coin du feu, conversations avec Kalel Koven

Homme de peu de mots, discret et introspectif, la parole de Kalel Koven est plutôt rare. Nous avions découvert son travail lors d’une intervention ponctuelle dans un de nos podcasts diffusés en saison 10 (S10E13) sur le thème de la photo de rue. Interpellés par sa démarche et ses séries photographiques, nous n’avons cessé de le suivre à la trace, forgeant peu à peu notre conviction de devoir le convier au coin du feu. De cet entretien, nous espérions faire émerger une parole dont nous pressentions un propos inspirant, créatif, curieux et résolument tourné vers la transmission et le partage. On avait vu juste ! À nos micros, Kalel se dévoile et exprime un engagement qui force l’admiration par les multiples formes qu’il emprunte, mais aussi par sa destination et les moyens qu’il met en œuvre. Kalel ne cherche pas à expliquer le monde, il le révèle avec des choix narratifs qui ne se cantonnent pas à la photographie documentaire ou à la rigueur dogmatique du photojournalisme. Kalel Koven, c’est une certaine idée de la photographie : un chercheur de frontières à la croisée de plusieurs arts. Si photographier, c’est regarder le monde, c’est aussi apprendre à le raconter, à en saisir les silences et à faire émerger ce qui se joue entre les êtres, les lieux et les souvenirs. Delphine Blast, dans son témoignage, le souligne avec beaucoup de justesse : « Ce que j’aime dans la photographie de Kalel, c’est une photo humaine… qui cherche une émotion dans des situations ordinaires. » Quelle belle formule ! Depuis 2010, Kalel Koven explore cette relation sensible au réel à travers une pratique documentaire où l’observation se mêle à l’intuition, où la poésie dialogue avec le quotidien et où l’image ne livre jamais une vérité définitive. À la fois photographe de rue, portraitiste et documentariste, curateur, écrivain, l’homme multiplie les casquettes pour s’effacer subtilement derrière des séries photographiques qui expriment ce qu’il a à dire sur le monde grâce au médium photographique, sa plus belle signature. Il y a chez Kalel Koven une manière de faire passer le propos avant la posture, de laisser les images parler plutôt que de chercher à imposer un discours sur son propre travail. Une forme de retenue qui n’enlève rien à l’ambition de sa démarche, bien au contraire. Influencé par le cinéma et l’histoire de la photographie documentaire américaine, il accorde une attention particulière à la construction du récit, au rythme des images et à la place laissée à l’imaginaire, voire à l’ambiguïté. Une approche qui se prolonge dans son travail autour du portrait, notamment féminin, où il privilégie la rencontre avec les personnes pour ce qu’elles sont plutôt que pour ce qu’elles représentent. On vous invite à découvrir ses sessions (rubrique Fashion) ou la série What I know about her sur son site. Ces clichés ou ces séries de portraits, en couleur ou en noir et blanc, composent un journal intime et sensible, attentif à la personnalité des femmes, à leurs mystères et à ce qui échappe parfois au regard. Une manière délicate d’interroger notre rapport à l’autre et à sa représentation, particulièrement précieuse à une époque où la question du regard porté sur les femmes occupe une place centrale. C’est magnifique, d’une délicatesse absolue, avec cette beauté presque évanescente qui caractérise son travail. De même, réduire Kalel Koven à son seul travail photographique serait passer à côté d’une part essentielle de sa démarche. Curateur, directeur artistique et écrivain, il envisage la photographie comme un territoire de création et de dialogue qui dépasse largement le cadre de l’image individuelle. Avec IN FRAME, le média qu’il a fondé autour de la photographie documentaire contemporaine, il accompagne les photographes, encourage de nouvelles écritures visuelles et contribue à faire émerger des regards singuliers. Une manière de mettre en lumière le travail des autres tout en interrogeant les formes et les usages du médium. Nadine Jestin nous confie : « … il a une manière de mettre en valeur les autres en s’effaçant lui. Et je trouve que c’est vachement pas facile à faire. Et que c’est assez rare en plus aussi dans le milieu artistique. » Cette curiosité et cette empathie se nourrissent de rencontres, d’échanges culturels, de cinéma, de littérature et de livres photo. Elle s’exprime aussi dans des projets qui cherchent à renouveler les façons de montrer et de partager les images, à la croisée de la photographie, de la musique et de l’édition. Chez Kalel Koven, le texte n’est d’ailleurs jamais très loin de l’image : il ouvre des perspectives, prolonge une réflexion et invite à regarder autrement. Kalel parle un dialecte fait d’images, de moments, de lieux ou de mots. Il est l’auteur d’un singulier compte Instagram, @aux.coeurs.impatients, dont il révèle l’existence à demi-mot, détournant une nouvelle fois, d’un contrepied inspiré, la représentation qu’on se fait de ce réseau social. Du photojournalisme aux portraits, de la photographie de rue à la curation, son parcours dessine ainsi le portrait d’un photographe pour qui photographier ne constitue qu’une partie d’une aventure artistique plus vaste. L’homme court après de multiples projets. Trop, peut-être, mais l’instinct est son moteur et son aventure est guidée par une conviction : les images ne sont pas seulement là pour représenter le monde, mais pour nous aider à le ressentir, à le questionner et, peut-être, à mieux nous en souvenir. Vous l’aurez compris, nous avons beaucoup aimé cette rencontre avec Kalel Koven. Son regard, sa sensibilité et la diversité de ses engagements nous ont profondément touchés. Au-delà de son travail photographique, c’est une certaine manière d’habiter le monde et de partager ses découvertes qui nous a séduits. Nous espérons que cette conversation vous permettra de comprendre l’émotion qui nous a saisis et, peut-être, de découvrir à votre tour un auteur dont le travail mérite que l’on s’y attarde.

Bonne écoute !

Photo : © Kalel Koven I Between Us

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Thème :
Au coin du feu, conversations avec Kalel Koven

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